Condamné à Créteil, Wilfried Happio renonce au haut niveau
Le hurdleur a été condamné à six mois de prison avec sursis pour violences conjugales et a annoncé à l’audience qu’il ne reprendrait pas sa carrière.

Le tribunal judiciaire de Créteil a condamné le mercredi 7 octobre le hurdleur Wilfried Happio, spécialiste du 400 m haies et demi-finaliste des Jeux olympiques de Paris 2024, à six mois d’emprisonnement intégralement assortis de sursis pour des violences commises sur une ancienne compagne. À l’audience, l’athlète de 28 ans a aussi annoncé qu’il renonçait à reprendre sa carrière de haut niveau.
En bref
- Selon franceinfo , le tribunal a reconnu l’athlète coupable des faits reprochés.
- Son avocate, Me Lina Belkora, a salué une décision importante, qui a selon elle rappelé qu’aucune violence, physique ou psychologique, ne peut être tolérée au sein du couple.
- La décision rappelle en tout cas la position délicate des fédérations sportives face aux accusations visant leurs licenciés : la FFA avait choisi de saisir la justice tout en invoquant la présomption d’innocence tant qu’aucune décision n’était rendue.
Ce que prévoit le jugement
Selon franceinfo, le tribunal a reconnu l’athlète coupable des faits reprochés. La peine de prison est couverte en totalité par le sursis. Il doit en outre verser 2 000 euros de dommages et intérêts à la victime et lui est interdit d’entrer en contact avec elle comme de paraître à son domicile. D’après 20 Minutes, cette interdiction court pendant deux ans.
La défense avait demandé que la condamnation ne soit pas inscrite au bulletin n°2 du casier judiciaire, afin de ne pas entraver la vie professionnelle du sportif. Les magistrats ont accepté cette demande, alors que le parquet s’y opposait. Ce dernier avait requis douze mois d’emprisonnement, assortis d’un sursis simple sur une durée de cinq ans.
À l’audience, des violences verbales admises, le reste contesté
À la barre, Wilfried Happio a reconnu des violences verbales. Il s’est décrit comme le premier responsable d’une « relation toxique », tombée dans une « spirale infernale ». Il a en revanche rejeté l’ensemble des accusations de violences physiques. Les faits de violences physiques évoqués remontent aux années 2018 et 2019, période pendant laquelle il était en couple avec la plaignante.
Celle-ci avait raconté son histoire au quotidien Le Monde le 17 juillet 2024, photos à l’appui, d’abord sous couvert d’anonymat. À l’issue de l’audience, elle s’est dite « soulagée », tout en regrettant que l’athlète n’ait pas reconnu les faits. Elle a évoqué « un petit arrière-goût d’amertume » et un sentiment d’avoir été « un peu délaissée » sur ce point. Son avocate, Me Lina Belkora, a salué une décision importante, qui a selon elle rappelé qu’aucune violence, physique ou psychologique, ne peut être tolérée au sein du couple.
La Fédération, la présomption d’innocence et les Jeux de Paris
Après ce témoignage publié en 2024, la Fédération française d’athlétisme (FFA) a ouvert une procédure disciplinaire interne et saisi la justice. Elle a toutefois maintenu la sélection de l’athlète pour les Jeux olympiques de Paris, en s’appuyant sur la présomption d’innocence. Wilfried Happio y a été éliminé en demi-finales.
Le sportif avait auparavant été visé par une plainte pour agression sexuelle, au sujet d’agissements qui auraient été commis à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep). Cette plainte a été classée sans suite en juin 2023. Six mois plus tôt, une enquête interne de l’institut n’avait pas non plus débouché sur une sanction. Ces éléments ne font pas partie des faits jugés mercredi à Créteil.
Une carrière qui s’arrête après une suspension de dix-huit mois
En 2025, l’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU) avait suspendu le hurdleur pendant dix-huit mois pour des manquements à ses obligations antidopage, plus précisément des obligations de localisation. Cette suspension a pris fin le 29 juillet. Face au juge, l’athlète a ensuite déclaré qu’il ne reprendrait pas sa carrière de haut niveau.
Selon lui, la publication de l’article du Monde, intervenue tout juste avant les Jeux de Paris, a été « dévastatrice » pour lui, et que cela l’avait « totalement détruit et dégoûté du haut niveau ». Il a précisé avoir disputé une compétition cet été sans s’être entraîné, avant de conclure qu’il arrêtait l’athlétisme. Selon lui, courir dans un stade où l’on est mal reçu n’apporte pas la performance.
Les sources consultées ne précisent pas si le jugement fera l’objet d’un appel. La décision rappelle en tout cas la position délicate des fédérations sportives face aux accusations visant leurs licenciés : la FFA avait choisi de saisir la justice tout en invoquant la présomption d’innocence tant qu’aucune décision n’était rendue.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Nicolas Richoffer. Licence : CC BY-SA 4.0.
